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L’Académie de Gastronomie de Castille-La Manche choisit La Hospedería de El Provencio pour tenir sa séance plénière

Il y a des rencontres qui transcendent l’ordre du jour pour devenir une déclaration d’intentions. Réunir ceux qui œuvrent à préserver, divulguer et projeter la culture gastronomique d’une région ne consiste pas uniquement à les asseoir autour d’une table. Cela signifie choisir un lieu capable de représenter les valeurs que l’on souhaite défendre : identité, mémoire, produit, savoir-faire, hospitalité et avenir.

Tel fut le sens de la séance plénière tenue par l’Académie de Gastronomie de Castille-La Manche à La Hospedería Nuestra Señora del Rosario, à El Provencio. Le choix de cette enclave ne fut pas un hasard. L’Académie s’est réunie dans un établissement qui a fait de la récupération du patrimoine, de la cuisine liée au terroir et du tourisme gastronomique les piliers d’un projet à l’identité profondément manchoise.

La rencontre a permis de remettre l’accent sur une réalité de plus en plus visible : la haute gastronomie n’appartient pas exclusivement aux grandes capitales ni aux destinations touristiques consolidées. Elle naît aussi dans les villages, à côté des champs où sont cultivés ses ingrédients, dans des cuisines qui connaissent l’origine de chaque produit et dans des établissements qui comprennent qu’offrir une expérience excellente implique de respecter la culture du lieu.

La Hospedería représente cette manière de concevoir la restauration.

Son restaurant a été reconnu comme meilleur restaurant de la province de Cuenca lors des V Broches Gastronomiques du Milieu Rural 2025, une distinction visant à donner de la visibilité aux établissements ruraux qui contribuent à préserver et à élever la gastronomie de Castille-La Manche. Le prix a été remis à Diego Calero Parreño, propriétaire de l’établissement, accompagné du chef Emilio Ramírez.

Mais la tenue de la séance plénière a eu une valeur qui a largement dépassé la récompense.

Elle a permis de réunir en un même lieu l’institution, l’équipe de La Hospedería et une partie essentielle du garde-manger de Cuenca : l’Ail Violet de Las Pedroñeras, produit bénéficiant d’une Indication Géographique Protégée et l’un des ingrédients les plus représentatifs de la cuisine régionale. Elle a également servi à rappeler le documentaire dans lequel le chef Emilio a participé en apportant son interprétation gastronomique de ce produit, symbole d’une agriculture qui soutient l’économie, le paysage et la mémoire culinaire.

Tout cela s’est déroulé dans un bâtiment qui a également une histoire à raconter.

Avant de devenir un hôtel quatre étoiles et un restaurant, La Hospedería était la cave de la première coopérative viticole d’El Provencio. Pendant des décennies, ses installations ont accueilli le fruit des vendanges de générations d’agriculteurs. Aujourd’hui, ce patrimoine industriel restauré réunit à nouveau des personnes autour de la table, mais avec une nouvelle mission : transformer les racines de La Mancha en expériences capables d’émouvoir le voyageur contemporain.

La tenue de la séance plénière de l’Académie de Gastronomie de Castille-La Manche a ainsi confirmé une idée essentielle : lorsque la gastronomie, le patrimoine et le territoire sont considérés comme des parties d’un même récit, un restaurant cesse d’être uniquement un lieu où manger. Il devient un espace à partir duquel interpréter une région.

La visite de l’Académie a placé El Provencio au centre de la conversation gastronomique régionale.

Au cours de la journée, les académiciens ont pu découvrir de première main le projet de La Hospedería, parcourir ses espaces et se familiariser avec une proposition culinaire construite sur le respect des matières premières, la mémoire gastronomique manchoise et une vision contemporaine du métier.

Le choix de l’établissement pour tenir la séance plénière a également représenté une reconnaissance implicite du chemin parcouru par toute l’équipe.

La Hospedería n’est pas née comme un restaurant détaché de son environnement. Dès le début, son identité a été liée à l’histoire d’El Provencio, à l’ancienne coopérative, au vin, au paysage agricole et aux producteurs qui maintiennent vivante l’économie du milieu rural. Ce lien se perçoit dans l’architecture, dans la proposition œnotouristique et, de manière particulière, dans la cuisine.

Une séance plénière célébrée autour de l’identité régionale

Les académies de gastronomie remplissent une fonction qui va au-delà de la reconnaissance de restaurants ou de la promotion de certains produits.

Leur travail consiste également à rechercher, protéger et diffuser un patrimoine culinaire qui n’est pas toujours conservé par des documents écrits.

De nombreuses recettes, techniques et savoirs ont été transmis oralement.

Ils sont passés de mères en filles.

D’agriculteurs à cuisiniers.

De petites exploitations familiales aux marchés, tavernes et restaurants.

La cuisine traditionnelle fait partie de ce que l’on appelle le patrimoine culturel immatériel : un ensemble de connaissances, d’habitudes et d’expressions qui aident à expliquer comment une communauté se rapporte à son environnement.

En Castille-La Manche, cette relation entre cuisine et territoire est particulièrement intense.

Le climat, l’étendue du paysage, l’agriculture sèche, la culture pastorale et la nécessité historique d’exploiter chaque ressource ont façonné une gastronomie basée sur l’honnêteté du produit et la capacité à transformer des ingrédients apparemment simples en élaborations pleines d’identité.

L’ail.

L’huile d’olive.

La céréale.

Le vin.

Le fromage.

La viande de gibier.

Les légumes.

Chacun de ces produits fait partie d’un récit gastronomique qui parle d’adaptation, de connaissance et de survie.

Célébrer la séance plénière à La Hospedería a permis de transposer ce discours du domaine institutionnel à un cadre réel, où bon nombre de ces ingrédients sont encore interprétés quotidiennement en cuisine.

La rencontre était inévitablement liée à la reconnaissance obtenue par La Hospedería lors des V Broches Gastronomiques du Milieu Rural 2025.

Ces récompenses sont nées pour mettre en lumière le travail réalisé par les restaurants situés dans les communes rurales, des établissements qui jouent un rôle décisif pour maintenir vivant le patrimoine culinaire et générer une activité économique en dehors des grands centres urbains.

Dans le cas de La Hospedería, le prix du meilleur restaurant de la province de Cuenca a récompensé une proposition qui combine cuisine d’auteur, produit local, service professionnel et une connexion étroite avec le paysage gastronomique de la région.

Le prix ne doit pas être compris uniquement comme une distinction pour une carte ou une succession d’élaborations.

Il reconnaît également un modèle d’établissement.

Un projet capable de restaurer un bâtiment historique.

Créer des emplois.

Soutenir les producteurs.

Attirer les visiteurs.

Générer des expériences autour du vin et de la gastronomie.

Et démontrer que l’excellence peut aussi se construire à partir d’une commune rurale.

La gastronomie rurale n’occupe plus un rôle secondaire

Pendant des années, de nombreux voyageurs ont associé la haute cuisine aux grandes villes.

Cependant, le panorama gastronomique a changé.

De plus en plus de chefs développent leurs projets près de l’origine des ingrédients. Le nombre de voyageurs désireux de se rendre dans de petites communes pour découvrir des restaurants avec une personnalité propre, des producteurs artisanaux et des expériences liées à la culture locale augmente également.

Le milieu rural offre quelque chose de difficile à reproduire dans d’autres environnements : une réelle proximité.

La proximité entre le restaurant et le champ.

Entre le cuisinier et le producteur.

Entre l’assiette et le paysage qui l’inspire.

Lorsque cette proximité s’accompagne de technique, de créativité, de service et d’une mise en scène soignée, l’expérience gastronomique acquiert une profondeur particulière.

À La Hospedería, le convive ne déguste pas seulement une élaboration. Il se rapproche aussi de l’histoire d’un territoire viticole, de la mémoire d’une coopérative agricole et d’une manière de concevoir l’hospitalité qui a évolué sans renoncer à ses racines.

Dans ce projet, la figure du chef Emilio Ramírez occupe une place essentielle.

Sa cuisine part d’une conviction claire : l’excellence ne commence pas aux fourneaux, mais dans la sélection de l’ingrédient.

Avant la technique, il y a le produit.

Avant la présentation, il y a l’origine.

Avant la créativité, il y a le respect.

Cette manière de concevoir le métier explique pourquoi sa proposition se connecte si naturellement aux valeurs défendues par l’Académie de Gastronomie de Castille-La Manche.

Emilio développe une cuisine capable de reconnaître la tradition sans se limiter à la reproduire. Les saveurs du terroir servent de point de départ pour construire des plats actuels, précis et équilibrés, où la technique est au service de l’ingrédient et non l’inverse.

Cette approche est particulièrement importante dans une région dotée d’un garde-manger d’une immense personnalité.

Travailler avec des produits manchois exige de connaître leurs nuances, leur saisonnalité et leur contexte culturel. Il ne suffit pas de les incorporer à une recette comme un élément décoratif. Il est nécessaire de comprendre ce qu’ils représentent.

Cuisiner le territoire sans en faire une carte postale

L’un des principaux risques de la gastronomie liée à la tradition consiste à tomber dans la nostalgie superficielle.

Transformer la cuisine régionale en une succession de références prévisibles.

Répéter des recettes sans interprétation.

Utiliser le produit local uniquement comme argument promotionnel.

La cuisine d’Emilio s’éloigne de cette vision.

Sa proposition ne reproduit pas une image idéalisée de La Mancha, mais dialogue avec elle. Elle récupère des saveurs, reconnaît des ingrédients et prend comme référence la mémoire collective pour développer une cuisine contemporaine.

Le résultat est une gastronomie reconnaissable mais non immobile. Une cuisine qui peut émouvoir ceux qui connaissent le territoire et, en même temps, surprendre le voyageur qui le découvre pour la première fois.

La tenue de la séance plénière a permis de retrouver un autre des grands fils narratifs de la journée : l’Ail Violet de Las Pedroñeras.

Ce produit, protégé par une Indication Géographique Protégée, constitue l’un des symboles agricoles et gastronomiques les plus importants de la province de Cuenca. Sa saveur intense, son arôme caractéristique et ses qualités différenciées en ont fait une pièce essentielle de nombreuses élaborations traditionnelles de Castille-La Manche.

Sa pertinence, cependant, ne se limite pas à la cuisine.

Derrière chaque tête d’ail existe un paysage agricole, un savoir transmis de génération en génération et une activité économique d’une énorme importance pour de nombreuses communes de la région.

Parler de l’Ail Violet, c’est parler d’agriculteurs.

De campagnes de récolte.

De sélection.

De séchage.

De commercialisation.

Et d’une identité territoriale construite autour d’un produit qui a réussi à se différencier par sa qualité et sa provenance.

Du champ à la haute cuisine

La relation entre Emilio Ramírez et l’Ail Violet de Las Pedroñeras a été reflétée dans le documentaire rappelé lors de la séance plénière, dans lequel le chef de La Hospedería a élaboré sa propre proposition gastronomique autour de cet ingrédient.

La présence d’un cuisinier dans ce type de projets remplit une fonction fondamentale.

L’agriculteur préserve le produit.

L’organisme de réglementation garantit son origine et sa traçabilité.

Le chercheur documente ses caractéristiques.

Et le cuisinier l’interprète, démontrant au convive tout son potentiel gastronomique.

De cette manière, l’ingrédient cesse d’être considéré uniquement comme une matière première pour devenir un élément culturel.

Un ail peut faire partie d’une recette traditionnelle, agir comme base aromatique, acquérir un rôle central dans une élaboration contemporaine ou être transformé par des processus tels que la fermentation et la maturation.

La haute cuisine élargit ses possibilités, mais sa véritable valeur continue de naître de la terre.

La réunion de l’Académie a pris encore plus de sens en se déroulant dans un ancien espace viticole.

L’histoire de La Hospedería a commencé en 1950, lorsque les agriculteurs d’El Provencio ont fondé la Cooperativa de Campo Local Nuestra Señora del Rosario. Quatre ans plus tard, face à l’impossibilité de stocker toute la production dans les caves existantes, ils ont encouragé la construction d’une nouvelle cave coopérative.

Cette décision collective répondait à un besoin économique, mais représentait aussi une manière de comprendre le territoire.

Coopérer.

Partager des ressources.

Améliorer la production.

Et garantir un avenir aux familles liées au vignoble.

Des décennies plus tard, le bâtiment a été restauré pour accueillir un nouveau projet.

L’ancienne cave a été transformée en une hospedería singulière, conservant la mémoire du bâtiment et le ramenant à la vie grâce au tourisme, à la restauration et à la culture.

Aujourd’hui, là où le vin des agriculteurs était autrefois stocké, se tiennent des rencontres professionnelles, des expériences œnologiques et des réunions institutionnelles comme la séance plénière de l’Académie.

L’usage a changé.

L’essence demeure.

Le bâtiment continue de réunir des personnes autour des produits de la terre.